28.07.2008

Dimanche 27 Juillet 2008

De ces 3 paraboles, je voudrais concentrer mon attention sur les 2 premières, le trésor et la perle. Elles nous invitent à réfléchir sur le Royaume des Cieux. Et je voudrais avec vous essayer de répondre à 2 questions : quid et quomodo, le quoi et le comment. C'est-à-dire :

Qu'est-ce que le Royaume des Cieux dont il est à chaque fois question? De quoi s'agit-il au juste? Et, seconde question : comment l'acquérir? Quel est le processus d'acquisition de ce Trésor?

1) Quel est le Trésor? Quelle est la Perle?

La Perle, le Trésor, c'est évidemment le Christ lui-même. C'est à dire que c'est un Trésor qui est déjà accessible ici et maintenant. Le Royaume des Cieux est au milieu de nous : c'est Jésus lui-même, la Personne même de Jésus et donc également, la rencontre avec cette Personne!

L'Évangile, le Royaume des Cieux est donc centré sur une personne, et sur la rencontre avec une personne. On peut dire que le christianisme est une religion orientée vers la Personne, et en particulier vers la rencontre avec la personne divine de Jésus.

Ne disons plus que le christianisme est une religion du Livre. Le livre (la Bible) n'est pas premier ; il est second. Le christianisme n'est pas une religion du livre car le livre ne contient pas toutes les réponses à toutes les questions que nous nous posons. Ce qui est le cas dans une religion qu'on dit "du Livre". Le livre est supposé susceptible de fournir TOUTES les réponses à TOUTES les questions que pose la vie..

Non, le christianisme est une religion de la Rencontre. Je crois que c'est le christianisme qui a amorcé dans l'histoire de l'humanité une réflexion révolutionnaire sur la notion de personne.… et peu à peu, le christianisme a adouci les relations entre les hommes, dans le respect et les égards pour les plus faibles et les plus petits (…d'où la suppression de l'esclavage, l'abolition de la loi du plus fort par un État de droit, qui promeut l'équité sociale et la défense des droits de la personne). Car, chose incroyable, Jésus, je le rencontre aussi dans les autres personnes. "Tout ce que vous ferez à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous le ferez!"  Le Trésor, la Perle, c'est la Personne même de Jésus que je rencontre immédiatement, directement ou indirectement par la médiation d'autres personnes.

2) Comment l'acquérir?

L'acquisition de ce Trésor est un processus en 3 étapes : découverte, décision, acquisition.

A) Découverte : c'est découvrir que la rencontre avec Jésus est un Trésor qui est au-dessus de tous les autres trésors. La rencontre n'annule pas, n'anéantit pas la valeur des autres trésors, mais la relativise.

Sans ce Trésor, les autres ne valent rien, ou presque rien. La découverte, c'est donc faire l'expérience d'une rencontre personnelle avec Jésus, dans les sacrements, dans la prière, dans la méditation de la Parole de Dieu, ou dans je ne sais quelle autre circonstance dans laquelle il me sera donné d'expérimenter, de vivre cette Rencontre. Ma religion, ma relation avec le Christ cesse alors d'être des rites, des actions, mais est une Rencontre personnelle avec une Personne, un "je" en face d'un "tu". C'est donné ou pas donné! Impossible par nous-mêmes de la susciter ; on ne peut juste que s'y disposer.

B) Décision : cette découverte, si elle est une vraie rencontre, va changer ma Vie. Alors, je réalise que ma relation personnelle avec Jésus conditionne tout le reste, et que je ne peux plus vivre sans elle. C'est un grand Amour, sans lequel je ne peux pas vivre, sans lequel je ne peux plus vivre. Avez-vous déjà rencontré le Grand Amour? Quand on a rencontré le Grand Amour de sa vie, il est impossible de continuer à vivre sans lui. On se demande simplement comment on faisait avant. La rencontre avec le Christ, c'est le Grand Amour de la vie, mais – précisons-le! – un Grand Amour qui n'entre pas nécessairement en concurrence avec un Grand Amour humain. Sauf vocation particulière et exceptionnelle, celle des Carmes, des Chartreux, des Bénédictins, des Carmélites, des Vierges consacrées, etc., et de tous ceux qui vivent dans le célibat consacré, le Grand Amour avec le Christ laisse la place à un Grand Amour humain. Bien au contraire d'ailleurs, un Grand Amour humain peut contribuer à faire grandir et épanouir le Grand Amour avec le Christ : car c'est l'amour humain qui m'aide à croire à l'amour de Dieu (comme chacun sait en effet, il n'y a QU'UN SEUL Amour, et non pas 2, le divin et l'humain … affirmer l'existence de 2 amours, l'humain et le divin, c'est reprendre la pente janséniste et augustinienne – je veux dire, celle du "mauvais" StAugustin, celui dont Jean Guitton a pu dire qu'il a fait beaucoup de mal à l'Occident[1] – la pente janséniste et augustinienne, qui nous fait revenir vers le manichéisme, lequel oppose matière et esprit et distingue l'amour divin, le seul vrai et pur, de l'amour humain, toujours quelque part d'une manière ou d'une autre infecté de péché. Doctrine perverse, contraire à l'évangile). Si j'ai rencontré le Grand Amour, ma Vie ne peut pas continuer sans lui désormais.

À moi de décider comment changer, comment réorganiser ma vie, pour que cette rencontre puisse durablement illuminer, nourrir, éclairer, orienter ma vie et lui donner sens.

C) Acquisition : alors je vais laisser, vendre tout ou presque tout, pour acquérir ce Trésor. Il y en a dans l'Église qui sont appelé à laisser, à vendre tout : ce sont ceux qui sont appelés à vivre la virginité pour le Royaume : c'est le célibat consacré des religieux et des religieuses. Ils sont prophètes, en ce sens qu'ils montrent à tout le monde ce que vaut ce Trésor, et ce que son acquisition mérite.

Pour les autres, c'est-à-dire pour la plupart des autres, pour nous, la vie ne consiste pas à tout abandonner pour ce trésor, mais à organiser notre vie autour de la richesse de ce trésor. Il y a certainement des choses à lâcher, à laisser, à vendre. Il faut certainement se désencombrer pour acquérir cette perle, ce trésor. N'avons-nous pas parfois conscience d'être encombrés de beaucoup de choses futiles, superficielles, fausses?

À nous de voir lesquelles! De toutes manières, il y a une radicalité, quelle qu'elle soit, qu'il nous faut vivre. La radicalité, au sens étymologique (du latin radix : la racine), c'est reconnaître et prendre conscience que cette rencontre touche à la racine du sens de ma vie ; c'est ça que je suis invité à reconnaître, à accueillir.

J'insiste sur un point : la priorité de la découverte sur l'acquisition. C'est même la découverte qui va permettre de prendre la décision. Je ne peux décider que si j'ai fait l'expérience de la valeur extraordinaire de ma relation avec Jésus. C'est le passage de l'enfance à l'âge adulte : je prends conscience du trésor de mon baptême. Je prends en main, je reçois, je m'approprie le cadeau que mes parents m'ont fait sans me consulter. Je comprends enfin moi-même combien la rencontre avec Jésus, avec le Père, avec l'Esprit Saint peut changer ma vie, peut lui donner sens.



[1] Voir Jean GUITTON, Portrait de M.Pouget, Paris, Gallimard, 1941, p 214-215. Guitton parle de la "sombre influence de l'Augustinisme", neutralisée au Moyen Âge, mais qui éclata avec le protestantisme et le jansénisme.

18.07.2008

Homélie pour le mariage de David et Bertille

Chers David et Bertille,

Nous sommes heureux de vous entourer aujourd'hui en ce grand jour de votre mariage. Vous vous engagez devant Dieu, et Dieu s'engage aussi avec vous. Vous n'êtes pas seuls ; vous êtes 3! 

C'est le sens de la phrase : "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas!" Dieu fait un geste pour vous, ou plus qu'un geste, il vous donne un signe, un sacrement, et vous pourrez compter sur lui. Comment pourriez-vous répondre à ce signe?  

Il y a une phrase dans l'Évangile d'aujourd'hui, qui peut vous fournir une piste, sur laquelle je voudrais méditer avec vous : "à cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tout deux ne feront plus qu'un".

Il s'agit donc de vivre au quotidien dans l'unité. Je retiens un aspect, une approche concrète de cette unité à vivre au quotidien.  

L'unité, elle se vit dans le don de soi. «Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis!» (Jn15) Et le don de soi passe par la parole, et par les actes qui vont avec cette parole. C'est chaque jour qu'il faut se remettre à l'ouvrage. Le don de soi et l'unité entre l'homme et la femme ne sont jamais acquis une bonne fois pour toutes. On dit qu'il y a 5 mots quotidiens de l'unité et de l'amour : Bonjour ; Je t'aime ; S'il te plait ; Pardon ; Merci. Évoquons chacun d'entre eux!

Bonjour

C'est plus que simplement saluer au petit matin, au saut du lit ; c'est souhaiter et dire du bien <bonne journée>. Dans le mot "bonjour", ce sont toutes les paroles positives, constructives qui sont résumées, les paroles valorisantes. L'esprit humain est facilement critique et caustique ; il pose des jugements à propos de tout, aussi bien sur les événements que sur les personnes, et cet esprit, qui n'est pas l'Esprit Saint, nous conduit à poser des jugements dans les relations interpersonnelles. C'est l'emploi du verbe être qui est abusif et parfois même destructeur : "tu es lent" ; "tu es paresseux" ; "tu es égoïste!" La personne à qui l'on s'adresse ainsi est-elle lente ou paresseuse ou égoïste par tempérament, en toute circonstance, ou bien dans cette occasion seulement. "Bonjour", c'est dire du bien d'une personne, dégager des horizons lumineux, souligner les points positifs, maintenir une espérance, entretenir la confiance. 

Je t'aime

Il faut le répéter tous les jours, et pas seulement une bonne fois pour toute. Je crois que c'est tous les jours que les époux sont invités à se dire : "je t'aime" et à poser les gestes et les actes, qui, en vérité, vont avec la parole. Comme me disait un ami un jour : "Dis ce que tu fais et fais ce que tu dis". Si vous vous aimez, dites-le l'un à l'autre. Et vivez selon la parole qui sort de votre bouche!

S'il te plait

Demander quelque chose à l'autre n'est pas seulement et nécessairement utiliser l'autre. Mais c'est faire exister l'autre : on ne demande des choses qu'à ceux qu'on aime. On ne demande rien à ceux que l'on n'aime pas. Mais on ne revendique pas, on n'exige pas (ou moins pas toujours) ; on sollicite plutôt, on demande, en disant "s'il te plait" ; il y a une dépendance dans l'amour, et c'est la dépendante de l'unité ; on peut dire que l'être aimé est l'autre moitié que l'on a toujours peur de perdre. D'où le soin de la garder, de la conserver dans le souci de l'unité.

Pardon et Merci

Voilà deux mots essentiels : il y a des gens qui ont toujours raison, donc ne disent jamais pardon (ils ignorent le mot "pardon"), et d'autres (parfois les mêmes) à qui tout est dû : donc jamais ne sort de leur bouche le mot merci.

Et pourtant, le mot pardon est tellement important.

Il est inévitable que dans l'amour, en vous donnant des roses, vous ne vous offriez aussi malgré vous quelques épines. Alors, sachons dire, sachons demander simplement pardon. J'ai entendu dire une fois que c'était trop facile de demander pardon! Mais pourquoi? Vous cherchez la difficulté? C'est ni trop facile, ni trop difficile, c'est vrai! À mon avis, l'argument de dire que demander pardon est trop facile est un masque de l'orgueil ; soyons modestes et réalistes!

Et puis le mot merci, le merci qui jaillit de l'unité vécue et entretenue : "Merci pour le trésor que tu es!" Dites-le si vous le pensez évidemment! Mais si vous vous êtes choisis, c'est que vous le pensez un peu tout de même ; oui, se dire merci non pas d'abord pour ce que fait l'autre, mais pour ce qu'il est. Merci d'exister, merci de s'engager dans une incroyable aventure, celle du mariage chrétien pour la vie (un théologien ici à Lyon avait publié un livre sur le mariage : "le mariage indissoluble : la traversée de l'impossible"). Le mariage chrétien, en effet, c'est le mariage indissoluble. Une très bonne amie me disait récemment qu'il ne fallait pas trop dire merci ; je crois qu'elle a raison, c'est très juste ; mais j'ai tendance à penser que dire merci c'est aussi rester dans une attitude de gratitude et d'émerveillement, dans l'attitude d'un amour qui n'est pas une prise de possession de l'autre, qui n'est pas domination, utilisation, manipulation de l'autre. Il faut savoir tout de même en effet qu'il y a des amours qui peuvent être manipulateurs.  

Voilà j'arrête là : vous ferez ce que vous voulez de tout ce qu'il m'a semblé convenable de vous dire pour cette petite homélie, que je n'ai d'ailleurs pas seulement adressée à vous, David et Bertille, mais aussi à vous tous, chers frères et sœurs mariés, venus nombreux ici entourer les fêtés de ce jour. Vous allez dire que ce que je viens de dire, n'importe quel psychologue peut le dire… oui, peut-être, mais ça n'est pas une raison pour ne pas le dire. En tout cas, aujourd'hui dans le sacrement que le Christ vous donne, David et Bertille, une grâce toute particulière vous est donnée pour le vivre, en chaque jour que Dieu fait, et que vous vivrez ensemble.

30.06.2008

Dim 29 Juin 2008 : St Pierre et St Paul

Cette solennité de StPierre et St Paul est le jour où je vous adresse un au-revoir, et en même temps celui de l'ouverture, pour l'Église universelle, de l'année St Paul.

2 points : d'abord un Au-revoir, qui est un immense merci pour cette année passée parmi vous ; et ensuite une mot sur cette année St Paul, dans laquelle toute l'Église aujourd'hui entre.  

1) Un immense merci

J'ai passé dans cette paroisse de la Rédemption une année particulièrement agréable, et même, disons-le délicieuse. Mon départ à Francfort sur le Main (pour la suite de ma thèse) est d'autant plus rude que quand je suis arrivé ici il n'a nullement été question que je n'y reste qu'une année, mais bien 2 au moins, sinon 3, ou plus. J'ai été heureux de célébrer dans cette magnifique nef, inondée de lumière, et, de dimanche en dimanche, de mieux vous connaître, les uns et les autres, individuellement et personnellement. Avec beaucoup d'entre vous, il m'a été donné la joie de partager même votre table, le temps d'une soirée ou d'un déjeuner. Ces moments furent pour moi de véritables rencontres d'Évangile, où nous avons parlé en vérité des choses simples de la vie humaine, de la vraie vie! J'ai été passionné de pouvoir découvrir vos itinéraires, habités par votre foi, et aussi bien sûr, par vos doutes, traversés de joies et d'épreuves. Oui, vraiment, chaque homme, chaque femme est une histoire sacrée. Et je remercie le Seigneur de m'avoir donné de l'expérimenter, de l'avoir vu si souvent, si fréquemment à l'occasion de nos échanges. Je voudrais donc vous dire merci, un immense merci à vous tous chers frères et sœurs, laïcs, paroissiens et paroissiennes, jeunes et moins jeunes, célibataires, veufs et veuves, et toutes les familles.

Je voudrais aussi adresser un merci tout particulier à mes frères prêtres. Avec vous chers frères prêtres, Georges Favre, Paul Chaniac, Jean Cachart, Jean Massonnet, et Jean Battesti, j'ai vécu avec vous cette année – j'ose le dire – une étonnante complicité. La richesse et la diversité de vos expériences respectives, le recul que la vie vous a appris à prendre sur tant et tant de questions, les responsabilités que vous avez déjà exercées par le passé, l'originalité de vos parcours, tout cela a contribué à la profondeur de nos échanges, et disons-le aussi, à un solide sens de l'humour. Au cours de nos déjeuners nous avons ri, et même parfois hurlé de rire. Ce furent pour moi des moments délicieux. Nous avons entre nous parlé de tout : de l'Église, du Pape, des Encycliques, des hommes, des femmes, de la vie, de la mort, de l'amour, de l'amitié, de la haine, de l'aventure, de la modernité... À votre contact, je me suis débarrassé de beaucoup de préjugés ; à votre contact, j'ai reçu beaucoup d'idées nouvelles. J'ai en particulier été touché par l'absence de rapports de pouvoir entre nous, de pouvoir institutionnel ou doctrinal. Chers Frères prêtres, je vous remercie pour ce bout de route que nous avons fait ensemble. Il m'a aidé à grandir en liberté, et grâce à vous, je suis devenu peut-être un peu plus moi-même.

2) L'année St Paul 2008-2009 

À partir d'aujourd'hui, et pour une année, toute l'Église entre dans la contemplation de la vie et la méditation des lettres de l'Apôtre St Paul. Pourquoi? Parce que Paul est né autour de 6-10 après Jésus Christ. C'est du moins la date "traditionnelle" de naissance de Paul, même si les spécialistes ne sont pas tous d'accord ; il est très probable que Paul soit en réalité né vers 6 avant Jésus Christ, c'est-à-dire qu'il soit contemporain de Jésus (Jésus, qui est né en 5 ou 4 av JC). Nous célébrons donc cette année grosso modo le 2ème millénaire de la naissance de Paul.

Qu'est-ce que peuvent nous apporter encore les lettres et la vie de St Paul aujourd'hui? Beaucoup de choses! Il y a en effet chez St Paul, dans sa vie et dans ses épîtres, une fraîcheur, un enthousiasme, un dynamisme qui sont absolument uniques. Cette fraîcheur, cet enthousiasme, ce dynamisme se sont ensuite parfois un peu estompés dans les écrits postérieurs à Paul, ou du moins ont laissé la place à d'autres soucis, à d'autres priorités… Et là, en évoquant les "écrits postérieurs", je parle toujours des lettres qu'on appelle "lettres de Paul", parce qu'en effet, il faut qu'on vous le dise une bonne fois pour toutes, on distingue dans les écrits de Paul, ceux qui sont authentiques, et les lettres qui ne sont pas authentiques, c'est-à-dire qui ne sont pas de Paul, même si elles ont été écrites sous le nom de Paul. Par exemple l'épître aux Éphésiens n'est pas de Paul, elle a été écrite environ 20 ans après la mort de Paul, mais l'épître aux Romains, les 2 aux Corinthiens, l'épître aux Galates et l'épître aux Philippiens sont de Paul. La première épître aux Thessaloniciens est de Paul, mais pas la seconde. Les 2 épîtres à Timothée et l'épître à Tite ne sont pas de Paul, mais ont été écrites au moins 40 ans après le martyre de Paul (sauf, sans doute quelques extraits, difficiles à identifier d'ailleurs, de la seconde épître à Timothée, dont notamment ceux que nous avons lus aujourd'hui). Je retiens une seule chose de la fraîcheur, du dynamisme, de l'enthousiasme de Paul. C'est que l'essentiel pour lui, c'est notre relation au Christ. Paul ne fait pas beaucoup de morale ; il n'en fait même quasiment pas. La morale pour lui, c'est la conséquence de notre relation au Christ ; en gros, pour Paul, il nous faut être unis au Christ, vivre de sa vie, et c'est ensuite à chacun de voir, dans la liberté chrétienne, comment cette union au Christ va éclairer notre vie morale, va indiquer ce que je dois faire, ou ce que je ne dois pas faire. C'est à moi de le discerner, dans l'Esprit Saint.     

Prenons 2 exemples sur un sujet pris (presque) au hasard. Ces exemples permettront d'ailleurs accessoirement de nettoyer la réputation de Paul des accusations de misogynie (ou du moins de commencer à la nettoyer … il y a là en effet de véritables écuries d'Augias à purger, travail herculéen… un des mérites de l'année St Paul pourrait être d'avancer un peu sur ce point).

L'épître aux Éphésiens dit : "Femmes, soyez soumises à vos maris" (5,24). Paul n'aurait jamais dit ça. Qu'est-ce Paul aurait dit? Il aurait répété son slogan : «Car tous, vous êtes, par la foi, fils et filles de Dieu, en Jésus Christ. Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec ; il n'y a plus esclave ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ» (slogan répété quatre fois dans les épîtres "authentiques" : Ga 3,26-28 cf. 1Co 12,13 ; Rm10,12 ; Col 3,11). C'est-à-dire que dans la mesure où nous vivons de cette appartenance et de cette unité dans le Christ, alors découle normalement la soumission des uns aux autres, des maris à leur femme, et des femmes à leur mari, soumission dans l'amour bien sûr. Dans la première à Timothée, l'auteur – qui n'est pas Paul, vous l'avez compris – demande que, dans les assemblées de prière, les femme aient une tenue décente, sans tresse ni bijoux d'or, sans perles ni toilettes somptueuses (1 Tm 2,8-15). Paul, je crois, n'aurait jamais même songé à s'occuper de ça. Qu'est-ce qu'aurait dit Paul? Eh bien, il aurait dit ce qu'il a dit dans l'épître aux Philippiens. À savoir que, avec ou sans bijoux, «il s'agit de le connaître, lui, le Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion à ses souffrances, il s'agit de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts» (Ph 3,10-11). Avec ou sans bijoux, il s'agit d'être donné, livré à l'Amour et à l'emprise de l'Esprit Saint! Avec ou sans toilette somptueuse, le sens d'une vie humaine est dans le don d'elle-même, dont le Christ nous a donné le suprême exemple. À vous de voir s'il faut ou non que vous portiez des toilettes somptueuses ou des bijoux, mais une chose est sûre, le sens ultime de votre vie se trouve dans le don d'elle-même. Il ne s'agira pas de copier le Christ, car son chemin et sa vocation sont uniques, mais d'imiter son mouvement, lui qui est "venu non pas pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude." L'épître aux Philippiens a d'ailleurs été choisie pour être dans le diocèse de Lyon le fil conducteur de cette année St Paul.

Paul nous donne une leçon de spiritualité, loin de toute morale. Autrement dit, il nous fait une leçon de mystique. L'essentiel, c'est d'approfondir notre relation au Christ, notre intimité avec lui. Je me suis permis de prendre un tout petit peu de distance vis-à-vis de l'épître aux Éphésiens et de la première à Timothée, mais uniquement pour montrer qu'il y a peut-être dans ces épîtres, et dans celles qu'on appelle inauthentiques, plus de choses historiquement et culturellement datées qu'il ne s'en trouve dans les épîtres authentiques. C'est une des forces de Paul d'aller, plus que les autres, au cœur du message de l'Évangile, au delà de l'enveloppe et des conditionnements culturels d'une époque (évidemment Paul n'y échappe pas entièrement non plus…  comment le pourrait-il en effet? Comme tout homme, il s'inscrit dans une époque et dans une culture). Il y aurait encore tant et tant de choses à dire sur St Paul et ses lettres. Vous le découvrirez tout au long de cette année St Paul.